Pensées de nuit pluvieuse

La solitude, le reste-du-monde, et le retour à soi.

Territoire #poésie #contemplation
Pensées de nuit pluvieuse

Quand ceux qui nous aiment sont loin, quand ceux qui pourraient comprendre ne sont pas disponibles, quand les mots qu'on dit ne trouvent personne pour les recevoir, quand ce à quoi on tient s'avère peut-être n'avoir été qu'une projection, quand ceux qu'on aime n'appartiennent qu'à eux-mêmes, et qu'il ne reste plus que soi, on découvre à quel point ce soi est fait de tous ces autres-là.

C'est la cacophonie d'une foule qu'on remplit seul. Le bruit qui désaxe. Le silence qui vrombît.


Quand on grimpe jusqu'au bord des choses, quand on murmure sa plainte à la pluie, quand on se laisse traverser par la nuit, quand la douleur prend toute la place et qu'on aperçoit jusqu'où l'ego s'accroche à ses blessures,

on peut ne pas comprendre d'où vient ce qui fait mal. On peut douter de ses propres forces. On peut croire qu'on n'y croit plus.

Et pourtant : si on souffre, c'est qu'on est encore là. Vivant, donc présent.


Oublier, c'est laisser partir. C'est aussi, parfois, pardonner.

Peut-on oublier les épines qui logent dans le coeur ? Peut-on rêver de le sentir battre à nouveau sans commencer par le soigner ?

"Je voudrais effacer avec le présent la peur, la colère, le chagrin. Être dans ce qui est là, rien d'autre."


Quand je pense à l'Amour, je pense aux cadeaux sans condition. À la liberté de vivre et de laisser vivre. À cette grâce qu'on possède dans la même mesure où elle nous possède. Je pense à la légèreté de l'instant, à l'univers infini, constant dans son inconstance.

Mais au fond du coeur, coincée entre ses épines, il y a cette chose dont je n'arrive pas à me défaire. Cette ombre que je ne sais pas comment réconcilier avec l'idée que je me fais de l'Amour.

Comment peut-on se laisser emporter par un rêve, encore, et encore se laisser prendre par la déception ? Comment peut-on continuer à confondre ses projections avec quelqu'un ?

Que faire du mur qu'on aperçoit au loin quand ce qui compte, c'est le vent de la course, c'est l'élan, c'est l'instant où tout s'ouvre ?


Peut-être que croire, c'est précisément ne pas avoir les réponses. C'est aimer l'idée que sans certitude, tout reste possible. Et quand tout reste possible, c'est déjà l'Amour.


Article mis à jour en mars 2026.

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