Couverture de Modus — Récit de politique intérieure (🎧 A écouter sur Spotify)

Modus — Récit de politique intérieure (🎧 A écouter sur Spotify)

Créé le 13/02/2026 19:19

🎧 A écouter sur Spotify


Modus, c'est peut-être vous.

C'est l'histoire d'un individu qui naît ouvert — un flux de pulsions et de besoins, protégé par des gardiens archaïques qui n'ont pas besoin de mots pour faire leur travail. La Tortue maintient. Le Chien surveille. Le Singe goûte.

Puis le château se construit. Pierre par pierre, expérience par expérience. L'Éléphant archive. Le Hibou apprend à voir. Les murs montent. C'est normal, c'est nécessaire, c'est la vie qui s'organise.

Mais un jour, les émissaires arrivent. Ils n'enfoncent pas les portes — ils s'installent dans les couloirs, changent les affiches, renomment les pièces. Le Parti Conformé prend siège à l'Assemblée. Et personne ne se souvient l'avoir élu.

Modus fonctionne. Le monde est satisfait.

Jusqu'au jour où il ralentit. Se retourne. Et découvre ce qu'il traîne.

 


 

Ce récit est né d'une rencontre inattendue entre mon travail sur la politique intérieure et l'ouvrage Pulsion de Frédéric Lordon et Sandra Lucbert. Ils y décrivent comment le capitalisme capture nos pulsions pour les mettre au service du système. J'ai voulu offrir à leur personnage de Modus un parcours de libération — à travers les cinq gardiens, la paix neurologique, et l'ouverture vers l'archipel.

C'est un texte autonome. C'est aussi, peut-être, la graine du tome 4.

Musique : Scott Buckley — "Meanwhile" et "The Restoration" (CC-BY)

 


Modus

Récit


I. Le Flux

Au commencement, il n'y a pas de murs.

Il y a la chaleur. Le bruit sourd d'un cœur qui n'est pas le sien. Un océan tiède où flotter ne demande aucun effort. Modus ne sait pas encore qu'il s'appelle Modus. Il ne sait rien. Il est, c'est tout — un nœud de cellules qui se divise, un élan sans nom, une pulsion de vie à l'état pur.

La Tortue veille déjà.

Avant les mots, avant les yeux, avant le premier cri, elle est là. Tapie au fond du tronc cérébral comme une sentinelle primitive. Son travail est simple : maintenir le vivant en vie. Température. Rythme. Souffle. Si quelque chose menace, elle ralentit tout. Elle éteint. Elle protège par l'immobilité, comme elle le fait depuis des millions d'années, bien avant que les humains n'inventent le mot peur.

Modus naît.

L'air est froid. La lumière est violente. Le bruit est partout. Son premier réflexe n'est pas de comprendre — c'est de hurler. Et dans ce hurlement, quelque chose s'éveille.

Le Chien ouvre les yeux.

Pas un chien domestique, pas encore. Un animal sauvage, tout en flair et en réflexe. Le Chien ne pense pas. Il sent. Il sent les mains qui le soulèvent — ami ou ennemi ? Il sent l'odeur de la mère — sécurité. Il sent l'absence quand elle s'éloigne — danger. Le Chien enregistre tout à une vitesse que le langage ne rattrapera jamais. Il ne dit pas « j'ai peur ». Il déclenche l'alarme. Le corps fait le reste : le cri, les poings serrés, le visage rouge.

Et puis il y a le contact.

La peau contre la peau. Le sein ou le biberon, peu importe — la chaleur qui revient, le rythme qui se cale. Le Chien se couche. La Tortue remonte d'un cran. Et quelque chose de nouveau apparaît, une lueur dans les circuits encore souples du cerveau de Modus.

Le Singe goûte.

C'est un mot trop grand pour ce qu'il est à cet instant. Le Singe, c'est le premier oh. La première bouffée de plaisir qui traverse un corps neuf. Le lait qui coule. La main qui caresse. La voix qui berce. Le Singe ne sait pas ce que c'est, mais il sait que c'en est bon. Et surtout, il sait qu'il en veut encore. Déjà, dans les profondeurs du striatum, les premiers fils de dopamine se tendent. Déjà, le Singe apprend la règle la plus ancienne du monde : ce qui fait du bien doit revenir.

Modus n'a pas de château. Il n'a pas de murailles, pas de trône, pas de gardiens au sens où on les entendra plus tard. Il n'est qu'un flux — un organisme ouvert, perméable, entièrement dépendant de ce qui l'entoure.

Mais les fondations sont posées.

La Tortue maintient. Le Chien surveille. Le Singe désire. Trois gardiens archaïques, trois intelligences sans mots, trois couches de protection empilées par l'évolution comme des strates géologiques. Ils ne se concertent pas. Ils n'ont pas besoin de se concerter. Le château viendra plus tard, quand il faudra organiser tout ça. Pour l'instant, c'est le corps qui gouverne. Et le corps sait ce qu'il fait.

Le Souverain ? Il dort encore.

Il est là, quelque part, en germe. Comme une graine dans la terre noire. Il faudra des années pour qu'il émerge — si on lui en laisse la chance.

 


 

II. Les premiers murs

Modus a deux ans. Peut-être trois.

Le monde a cessé d'être un océan. Il a des bords maintenant. Des limites. Il y a les choses qu'on peut toucher et celles qui brûlent. Les gens qui restent et ceux qui partent. Les moments où l'on rit et ceux où quelqu'un crie.

Le château commence à se construire. Pas d'un coup. Pierre par pierre. Chaque pierre est une expérience. Chaque mur est une leçon.

L'Éléphant ouvre les yeux.

Il les ouvre lentement, parce que c'est sa nature. L'Éléphant ne se précipite jamais. Il est là pour garder — pas au sens du gardien qui protège, mais au sens de celui qui conserve. Chaque scène, chaque odeur, chaque émotion forte, il la range dans ses archives immenses. L'Éléphant ne juge pas ce qu'il stocke. Il stocke. Le sourire de la mère quand Modus fait ses premiers pas — stocké. Le visage fermé du père un soir de fatigue — stocké. Le chien du voisin qui aboie derrière la grille — stocké. La première fois qu'on lui dit non avec une voix qui fait trembler le sol — stocké.

L'Éléphant ne sait pas encore que certains de ces souvenirs deviendront des fondations. D'autres, des prisons.

Le Chien, lui, apprend vite.

Trop vite, parfois. Il commence à faire des raccourcis. La dernière fois que Papa a haussé la voix, il est parti. Le Chien ne comprend pas la nuance — la fatigue, le contexte, le coup de fil professionnel qui a mal tourné. Le Chien comprend : voix forte = danger = abandon possible. Et il grave cette équation dans le marbre. Désormais, à chaque éclat de voix, Modus se fige. Ou pleure. Ou court se cacher. Ce n'est pas de la faiblesse. C'est de l'ingénierie de survie, brute et efficace.

Le Singe, de son côté, raffine ses goûts.

Il a découvert le sucre. Les dessins animés. Les bras qu'on lui ouvre quand il tombe. Il a découvert aussi quelque chose de plus subtil, de plus addictif que tout le reste : le regard. Le regard de l'autre posé sur lui. Le sourire de l'adulte quand il fait bien. L'applaudissement quand il réussit. Le Singe ne comprend pas pourquoi c'est si bon, mais il sait que ça l'est. Et il commence à chercher ce regard comme on cherche une source d'eau dans le désert.

La Tortue, elle, se fait oublier.

C'est son rôle. Quand tout va bien, la Tortue dort. Elle est le filet de sécurité qu'on ne voit pas — celui qui n'existe que quand on tombe. Si Modus est nourri, réchauffé, tenu, la Tortue reste dans ses quartiers. Elle maintient le métabolisme, régule ce qui doit l'être, et attend. Elle attendra peut-être trente ans avant qu'on ait besoin d'elle. Ou peut-être trois jours. On ne sait jamais, avec la Tortue.

Et le Hibou ?

Le Hibou commence à peine à déplier ses ailes.

Il est le dernier à mûrir, le dernier à prendre son poste. Son observatoire n'est pas encore construit — le cortex préfrontal de Modus ne sera pas terminé avant ses vingt-cinq ans. Pour l'instant, le Hibou est un oisillon qui observe depuis un nid trop grand pour lui. Il voit des choses, il sent des choses, mais il n'a pas encore les mots pour les nommer, ni l'altitude pour les comprendre.

Ce qui se passe dans les premières années du château de Modus est à la fois banal et décisif.

Si les adultes autour de lui sont suffisamment présents — pas parfaits, présents — les gardiens s'organisent naturellement. Le Chien apprend que l'alarme peut s'éteindre, que le danger passe, que les bras reviennent. Le Singe découvre que le plaisir n'a pas besoin d'être arraché, qu'il vient aussi dans le calme, dans le jeu, dans le rien. L'Éléphant stocke des souvenirs lumineux à côté des sombres, ce qui donne de la nuance au monde.

Et si les adultes ne sont pas là ? S'ils sont débordés, absents, effrayants, imprévisibles ?

Les murs montent plus vite. Plus hauts. Plus épais.

Le Chien prend trop de place. Le Singe compense. L'Éléphant accumule des archives toxiques sans personne pour l'aider à les trier. La Tortue reste en veille basse, prête à tout couper si ça dérape. Et le Hibou, dans son nid inachevé, n'a personne pour lui apprendre à voler.

Modus ne choisit rien de tout ça. Personne ne lui demande son avis. Le château se construit autour de lui, pour lui, malgré lui — avec les matériaux disponibles.

 


 

III. Les émissaires

Modus a six ans. Il entre à l'école.

C'est un matin de septembre. Le cartable est trop grand. La cour est trop bruyante. Il y a des dizaines d'autres châteaux autour de lui — certains avec des murailles hautes, d'autres presque ouverts — et chacun transporte ses gardiens, ses alarmes, ses archives. Modus ne le sait pas. Il sait juste que son ventre se serre et que la main de sa mère a lâché la sienne.

Le Chien est en alerte maximale. Nouveau territoire. Nouvelles odeurs. Nouvelles voix. Aucun repère validé. Le Chien fait ce qu'il fait toujours : il scanne. Visages. Tons. Postures. En moins de dix minutes, il a classé l'institutrice (voix douce = pas de danger immédiat), le garçon du fond (agité = imprévisible = surveillance), et la petite fille qui pleure près du mur (même signal que moi = semblable = possible allié).

Modus ne pense rien de tout ça. Il le vit, dans ses tripes, dans ses épaules, dans la moiteur de ses paumes.

L'école est le premier émissaire.

Pas un émissaire hostile, pas nécessairement. Mais un émissaire quand même — un envoyé du monde extérieur qui entre dans le château avec un message clair : ici, les règles ne sont pas les tiennes.

Assis-toi. Tais-toi. Écoute. Réponds quand on te le demande. Lève le doigt. Attends ton tour. Ne cours pas. Ne crie pas. Fais comme les autres.

Le Singe est le premier à vaciller.

Lui qui courait libre, qui touchait tout, qui obéissait au rythme de son propre désir — on lui demande de rester immobile pendant des heures. La chaise est dure. Le temps est long. Le corps proteste, mais le corps n'a pas droit à la parole ici. Le Singe apprend une leçon nouvelle, une leçon qui n'existait pas dans le château d'origine : ton plaisir doit attendre. Il y a des moments pour vivre et des moments pour se taire.

Ce n'est pas grave en soi. La frustration est un passage nécessaire, un matériau de construction comme un autre. Mais la manière dont elle est administrée compte. Enormément.

Si l'institutrice voit Modus — le voit vraiment, avec sa peur et son envie et sa fatigue — le Singe apprend que la frustration est temporaire. Que le plaisir reviendra. Que l'attente a un sens.

Si l'institutrice ne voit pas Modus — si elle gère une classe de vingt-huit et qu'elle est elle-même gouvernée par son propre Chien fatigué — le Singe apprend autre chose : tes besoins ne comptent pas. Tais-toi et performe.

Et c'est là que le Parti Conformé commence à recruter.

Pas d'un coup. Pas par un discours. Par une série de micro-renoncements si petits que personne ne les remarque. Modus lève le doigt, on ne l'interroge pas. Il range le doigt. Modus veut raconter son rêve, on lui dit que ce n'est pas le moment. Il ferme la bouche. Modus dessine un arbre violet, on lui dit que les arbres sont verts. Il prend le crayon vert.

Chaque fois, un fil se tend entre le monde extérieur et l'intérieur du château. Chaque fil dit la même chose : adapte-toi. Et chaque fil, pris isolément, est raisonnable. C'est leur accumulation qui est le poison.

Le Chien, fidèle à sa mission, comprend vite le nouveau paysage. Ici, le danger n'est pas le prédateur. Le danger, c'est d'être différent. Le Chien recalibre ses alarmes : ne plus surveiller les tigres, surveiller les regards. Ne plus fuir les menaces physiques, fuir la honte. Ne plus protéger le corps, protéger l'image.

C'est un détournement silencieux. Le Chien croit toujours faire son travail. Il fait toujours son travail. Mais le territoire qu'il défend a changé de nature sans qu'il s'en aperçoive.

L'Éléphant, pendant ce temps, enregistre.

Il enregistre le jour où Modus a eu dix sur dix et où le visage de son père s'est éclairé. Il enregistre le jour où Modus a eu quatre et où le silence dans la voiture du retour pesait plus lourd que des cris. Il enregistre l'équation — pas en mots, en sensation : réussir = amour, échouer = solitude.

L'Éléphant ne juge pas cette équation. Il la stocke. Fidèlement. Définitivement. Et le jour où Modus, adulte, ressentira une angoisse inexplicable avant chaque évaluation professionnelle, il ne saura pas pourquoi. Mais l'Éléphant, lui, saura. L'Éléphant sait toujours.

Le Hibou grandit. Lentement.

Il apprend les mots maintenant. Beaucoup de mots. Mais pas les siens — les mots du monde. Les mots qui classent, qui rangent, qui jugent. Bon élève. Mauvais élève. Sage. Turbulent. Doué. En difficulté. Le Hibou absorbe ces catégories comme une éponge. Il croit que comprendre le monde, c'est le découper en cases. Il ne sait pas encore que les cases les plus dangereuses sont celles qu'on ne voit plus à force de les habiter.

Et la Tortue ?

La Tortue attend.

Elle observe les autres gardiens se transformer, se tordre, s'adapter. Elle ne dit rien. Elle maintient les fonctions vitales, comme toujours. Mais quelque part dans les profondeurs du système nerveux de Modus, elle note. Elle note que le corps se tend là où il se détendait. Que le souffle se raccourcit dans certaines pièces. Que le sommeil, parfois, ne vient plus aussi facilement.

La Tortue note, et elle attend. Parce que la Tortue sait quelque chose que les autres gardiens ne savent pas encore : un château qui se construit contre son occupant finira par s'effondrer. La seule question est quand.

Modus a douze ans. Puis quinze. Puis dix-huit.

Le château est debout. Solide, en apparence. Les murs sont hauts, les gardiens à leur poste, le système fonctionne. Modus obtient son diplôme. Ses parents sont fiers. Ses professeurs satisfaits. Le monde lui dit : tu vois, ça marche.

Mais à l'intérieur, quelque chose cloche.

Le Souverain n'est jamais monté sur le trône.

Non pas qu'on l'en ait empêché par la force. C'est plus insidieux que ça. On ne lui a simplement jamais montré le chemin. Le trône existe, quelque part dans le château, sous la poussière, derrière des portes que personne n'ouvre. Les gardiens gouvernent à sa place — chacun tirant dans sa direction, chacun croyant bien faire, aucun n'ayant la vision d'ensemble.

Et dans les couloirs du château, les émissaires du dehors ont laissé des traces. Des affiches aux murs. Des slogans dans les pierres. Sois fort. Sois utile. Ne dérange pas. Mérite ta place.

Le Parti Conformé siège à l'Assemblée. Et personne ne se souvient l'avoir élu.

IV. Le château occupé

Modus a trente ans. Ou trente-cinq. Ou quarante. L'âge n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est que de l'extérieur, le château tient debout.

Il tient même plutôt bien.

Modus travaille. Modus produit. Modus répond aux mails, honore les délais, sourit aux réunions, rentre chez lui, embrasse ceux qu'il faut embrasser, règle les factures, planifie les vacances. Modus fonctionne. Et le monde, satisfait, ne demande rien de plus.

À l'intérieur, c'est une autre histoire.

Le Chien ne dort plus.

Il ne dort plus depuis longtemps, en fait. Mais Modus s'y est habitué — comme on s'habitue au bruit d'une autoroute quand on vit à côté. Le Chien surveille tout, tout le temps. Le regard du supérieur. Le ton d'un message. Le silence après une proposition. Le Chien a remplacé les prédateurs par des évaluations. Il a remplacé la forêt par l'open space. Mais l'intensité est la même. L'hypervigilance est la même. Le corps en alerte est le même.

Modus ne dit pas « j'ai peur ». Modus dit « je suis stressé ». C'est plus acceptable. Le Parti Conformé a trouvé le mot juste — un mot qui transforme la souffrance en performance. Le stress, c'est ce qui nous pousse à nous dépasser. Le Chien aboie, mais on a renommé ses aboiements en « motivation ».

Le Singe est accroché.

Pas à la joie. La joie, il l'a oubliée depuis un moment — cette joie simple du corps qui bouge, de la curiosité qui explore, du plaisir qui ne demande rien en retour. Non. Le Singe est accroché au compteur. Les likes. Les résultats. Les félicitations. La prime. La promotion. L'approbation. Chaque dose est plus faible que la précédente, mais le Singe ne sait plus vivre autrement. Il a besoin du regard de l'autre comme d'autres ont besoin d'un verre à dix-huit heures — pas parce que c'est bon, mais parce que sans, quelque chose d'insupportable remonte.

Le Singe ne cherche plus le plaisir. Il fuit le vide.

L'Éléphant croule.

Ses archives débordent. Des années de souvenirs empilés sans tri, sans classement, sans lumière. Les bons souvenirs sont là, quelque part, mais ils sont enfouis sous des couches de preuves — preuves qu'il faut faire plus, preuves qu'il ne fait jamais assez, preuves que le monde récompense ceux qui se conforment et punit ceux qui dévient. L'Éléphant a cessé d'être le gardien de la mémoire. Il est devenu le gardien de la dette. Et la dette n'a pas de fond.

Le Hibou travaille sans relâche.

C'est peut-être lui qui souffre le plus, parce qu'il est le seul à avoir les moyens de comprendre — et qu'il utilise ces moyens contre Modus. Le Hibou est devenu le comptable du Parti Conformé. Il rationalise. Il justifie. Il trouve des raisons brillantes pour expliquer pourquoi Modus doit rester exactement là où il est. Ce n'est pas de la soumission, c'est du pragmatisme. Ce n'est pas de la peur, c'est de la prudence. Ce n'est pas de l'épuisement, c'est le prix du succès.

Le Hibou a été retourné. Sa capacité d'analyse intacte, mais mise au service d'une cause qui n'est pas celle de Modus. C'est le Hibou-policier — celui qui surveille les autres gardiens pour s'assurer que personne ne remet en question l'ordre établi. Il ne monte plus à l'observatoire pour voir loin. Il reste dans les couloirs pour faire taire les dissidents.

Et la Tortue ?

La Tortue commence à bouger.

Pas beaucoup. Pas encore. Mais quelque chose a changé dans les profondeurs. Des signaux que Modus ne décode pas, parce que la Tortue ne parle pas avec des mots. Elle parle avec le dos qui se bloque un lundi matin. Avec l'insomnie qui s'installe sans raison apparente. Avec cette fatigue qui ne part plus, même après les vacances. Avec le souffle qui se coupe parfois, sans prévenir, au milieu d'une phrase.

La Tortue envoie des messages depuis le sous-sol du château. Des messages que personne n'écoute, parce que le Parti Conformé a décrété que le corps est un outil, pas un interlocuteur.

Le Souverain ?

Le Souverain est quelque part dans le château. Vivant. Mais il ne sait plus où est le trône. On a accroché tellement d'affiches dans les couloirs, construit tellement de cloisons, ajouté tellement d'étages — des étages pour la productivité, des étages pour l'image, des étages pour les obligations — que le chemin vers la salle du trône est devenu un labyrinthe. Le Souverain erre dans sa propre demeure comme un étranger. Parfois, la nuit, quand les gardiens sont épuisés et que le Parti Conformé relâche sa vigilance, il entend quelque chose. Un murmure. Un appel. Quelque chose qui ressemble à son propre nom, prononcé par une voix qu'il ne reconnaît pas.

Mais le matin arrive. L'alarme sonne. Le Chien bondit. Le Singe cherche sa dose. Le Hibou-policier distribue les tâches. Et le murmure se noie dans le bruit.

Modus fonctionne.

Le monde est satisfait.

 


 

V. Le retournement

Ça ne commence pas par un effondrement.

Pas de sirènes, pas de cataclysme, pas de moment hollywoodien où tout bascule dans une scène parfaitement éclairée. Non. Ça commence par un essoufflement.

Modus marche. Il marche depuis des années sur le même chemin — celui que le Parti Conformé a tracé, celui que le Chien sécurise, celui que le Singe jalonne de ses petites récompenses. Il marche, et il avance, et il ne se plaint pas, parce qu'avancer c'est tout ce qu'on lui a appris à faire.

Mais un jour — un jour ordinaire, un jour sans événement particulier — Modus ralentit.

Peut-être que c'est la fatigue. Peut-être que c'est un mot, une phrase lue dans un livre ou entendue dans une conversation, une phrase qui se plante comme une écharde. Peut-être que c'est le regard d'un enfant qui lui demande quelque chose de simple et qu'il ne sait plus donner. Ou peut-être que c'est rien. Juste un ralentissement. Un silence entre deux pas.

Modus ralentit. Et pour la première fois depuis très longtemps, il se retourne.

Ce n'est pas un geste dramatique. C'est un mouvement presque involontaire — le genre de chose qu'on fait quand on sent un poids dans le dos et qu'on veut vérifier ce qu'on porte.

Et il voit.

Derrière lui, accroché à ses épaules par des ficelles si anciennes qu'elles font partie de sa peau, il traîne un sac énorme. Un sac informe, lourd, un sac qu'il n'a jamais regardé parce qu'on ne se retourne pas quand on avance, parce que se retourner c'est perdre du temps, parce que le Parti Conformé dit qu'il faut aller de l'avant.

Le sac est plein.

Plein de tout ce que Modus a jeté dedans depuis l'enfance. Chaque élan qu'il a ravalé. Chaque colère qu'il a tue. Chaque désir qu'il a jugé inconvenant. Chaque partie de lui qui n'entrait pas dans le moule — trop intense, trop douce, trop étrange, trop vivante. L'enfant qui voulait dessiner des arbres violets. L'adolescent qui voulait crier. L'adulte qui voulait dire non. Tout est là. En vrac. Entassé. Pas mort — c'est le plus troublant. Pas mort, mais enfermé. Chaque morceau de lui qu'il a amputé pour entrer dans la case grouille encore, respire encore, attend encore.

Le Chien réagit le premier. Évidemment. Ne regarde pas. Continue. C'est dangereux. L'alarme se déclenche — cette vieille alarme qui confond la douleur avec la mort, la vulnérabilité avec le danger. Le Chien veut que Modus se remette en marche, qu'il tourne le dos au sac, qu'il accélère.

Le Singe aussi panique. Tiens, regarde, il y a une notification. Un message. Un like. Quelque chose de brillant, juste là, à portée de main. Le Singe agite ses hochets, parce que le Singe sait que si Modus ouvre ce sac, il trouvera des choses qui ne se soignent pas avec de la dopamine.

Le Hibou-policier est le plus virulent. Ce sac n'existe pas. Tu es fatigué, c'est tout. Prends des vacances. Change de méthode. Optimise. Ne dramatise pas. Le Hibou-policier a des arguments solides — il a toujours des arguments solides. C'est à ça qu'on le reconnaît : un vrai Hibou ouvre des questions, un Hibou-policier ferme des portes.

Mais la Tortue.

La Tortue, pour la première fois depuis des années, remonte.

Elle ne parle pas. Elle ne parlera jamais avec des mots. Mais son message est aussi clair qu'un tremblement de terre : je ne porte plus. C'est elle qui portait le sac. Depuis le début. C'est elle qui contractait les muscles du dos, serrait les mâchoires la nuit, coupait le souffle pour que Modus ne sente pas le poids. Et maintenant, la Tortue dit : c'est trop lourd, ou c'est moi qui m'effondre.

Modus est debout, immobile, retourné.

Il regarde le sac.

Et pour la première fois, au lieu de le rejeter, au lieu de courir, au lieu de rationaliser, il sent monter en lui quelque chose d'étrange. Pas de la peur. Pas de la honte. Quelque chose d'antérieur à tout ça.

De la curiosité.

Qu'est-ce que j'ai mis là-dedans ?

Et cette question — cette question si simple, si douce, si dangereuse — est le premier acte du Souverain.

Il ne le sait pas encore. Il ne sait pas que cette question est un pas vers le trône. Il ne sait pas que poser un regard sur ce qu'on porte est le début de la souveraineté. Il ne sait pas que les plus grands voyages commencent par un arrêt.

Mais quelque chose s'est ouvert.

Une fissure dans la muraille du Parti Conformé.

Un rai de lumière dans un couloir qu'on croyait condamné.

 


 

VI. Le regard

Ce qui suit n'est pas une révolution. C'est plus lent que ça. Plus patient. Plus humble.

Modus ne renverse pas le Parti Conformé. Il ne congédie pas ses gardiens. Il ne brûle pas les affiches dans les couloirs. Ce genre de violence intérieure — la guerre contre soi-même — c'est encore le vieux réflexe. Celui qui dit que pour changer, il faut détruire.

Modus fait autre chose. Quelque chose que personne ne lui a appris.

Il s'assoit.

Il s'assoit quelque part dans son château — peu importe où — et il commence à regarder. Pas à analyser, pas à juger, pas à corriger. Regarder. Comme on regarde un paysage après une longue route. Sans intention. Sans urgence. Juste pour voir ce qui est là.

Et ce qui est là, c'est le chaos.

Le Chien qui aboie sans cesse, épuisé par sa propre vigilance, incapable de distinguer une menace réelle d'un mail un peu sec. Le Singe qui court d'une récompense à l'autre, les yeux vides, le plaisir éteint, le circuit de la dopamine grillé par des années de doses creuses. L'Éléphant qui tourne en boucle, repassant les mêmes souvenirs comme un film rayé, incapable de mettre un point final à des douleurs vieilles de vingt ans. Le Hibou-policier qui dresse ses rapports impeccables pendant que le vrai Hibou, quelque part, attend qu'on lui rende ses ailes.

Et la Tortue, enfin visible, enfin écoutée — avec ses cicatrices, sa lenteur, ses vérités silencieuses. La Tortue qui dit, par chaque tension et chaque fatigue : je t'ai porté aussi longtemps que j'ai pu.

Modus regarde tout ça. Et au lieu de la panique, au lieu de la honte, quelque chose d'inattendu arrive.

De la compassion.

Pas la compassion mièvre, pas la pitié. La compassion brute — celle qui vient quand on réalise que chaque gardien a fait de son mieux avec ce qu'il avait. Que le Chien n'est pas un tyran ; c'est un protecteur épuisé d'avoir veillé seul. Que le Singe n'est pas un addict ; c'est un enfant à qui on a appris que le plaisir était la seule monnaie d'échange. Que l'Éléphant n'est pas un tortionnaire ; c'est un archiviste à qui personne n'a jamais dit qu'il avait le droit de fermer un dossier.

Modus commence à parler à ses gardiens.

Pas avec des ordres. Avec des questions.

Au Chien : Qu'est-ce qui te fait peur, là, maintenant ? Pas hier. Pas demain. Maintenant. Et le Chien, surpris qu'on lui demande autre chose que de se taire, hésite. Grogne. Puis, lentement, montre. Et souvent, ce qu'il montre est vieux. Très vieux. Une peur d'enfant dans un corps d'adulte. Le Chien protégeait Modus d'un danger qui n'existe plus — mais personne ne l'avait prévenu.

Au Singe : Qu'est-ce qui te ferait vraiment plaisir ? Pas la dose. Pas le compteur. Le plaisir. Et le Singe, méfiant, ne répond pas tout de suite. Puis, un matin, Modus se surprend à rester dix minutes devant une fenêtre à regarder la pluie, sans téléphone, sans raison, et à sentir quelque chose de chaud dans la poitrine. Le Singe a retrouvé un goût — minuscule, fragile, mais réel.

À l'Éléphant : Ce souvenir que tu me repasses en boucle — est-ce qu'il me protège, ou est-ce qu'il me retient ? L'Éléphant ne sait pas toujours répondre. Mais la question seule change quelque chose. Elle ouvre un espace entre le souvenir et l'identité. Modus n'est plus son passé. Il a un passé. La nuance est un continent.

Et au Hibou — au vrai Hibou, pas au policier — Modus tend la main.

Monte à l'observatoire. Dis-moi ce que tu vois.

Le Hibou hésite. Ça fait longtemps qu'on ne lui a pas demandé de voir loin. On lui demandait de justifier, de rationaliser, de produire des rapports. Pas de voir. Mais il monte. Lentement. Et de là-haut, ce qu'il voit change tout.

Il voit que le château n'est pas en ruine. Il est encombré, oui. Mal organisé, oui. Gouverné par des réflexes plutôt que par des choix, oui. Mais les murs tiennent. Les gardiens sont vivants. Et le trône — le trône est là. Poussiéreux, oublié, mais intact.

Le Souverain n'a pas besoin de conquérir quoi que ce soit.

Il a besoin de s'asseoir.

Ce n'est pas un couronnement glorieux. C'est un homme qui trouve une chaise dans sa propre maison et qui se dit : c'est ici. C'est un geste simple, presque ridicule, après des années de labyrinthe. Mais ce geste change la géométrie du château tout entier. Parce que quand le Souverain est au centre, les gardiens cessent de gouverner à sa place. Ils retrouvent leur rôle. Non plus des tyrans ni des victimes — des conseillers. Chacun avec son intelligence, chacun avec sa voix, chacun à sa juste place.

La paix neurologique ne ressemble pas à la paix des films.

Il n'y a pas de fanfare. Pas de lumière dorée. C'est une paix qui ressemble au silence après une longue tempête. Un silence où l'on entend, pour la première fois, le bruit de sa propre respiration. Où l'on sent, pour la première fois, le sol sous ses pieds.

Modus n'est pas guéri. Ce mot-là n'a pas de sens ici. Les gardiens ne changent pas de nature. Le Chien restera vigilant. Le Singe restera gourmand. L'Éléphant restera fidèle à ses archives. La Tortue restera prête à tout couper si nécessaire.

Mais ils ne gouvernent plus seuls.

Et le sac — le sac poubelle que Modus traînait depuis l'enfance — il ne l'a pas jeté. Il l'a ouvert. Pièce par pièce, il a sorti ce qu'il avait enfermé. Certaines choses étaient abîmées. D'autres étaient intactes, comme des fleurs séchées entre les pages d'un livre oublié. L'enfant qui dessinait des arbres violets. L'adolescent qui voulait crier. L'adulte qui voulait dire non. Ils étaient tous là. Ils avaient attendu.

Modus ne les a pas réintégrés d'un geste. C'est un travail de chaque jour — un travail qui ne finit jamais tout à fait. Mais pour la première fois, le château a de la place pour eux. Parce qu'un Souverain qui gouverne n'a pas besoin d'autant de murs.

 


 

VII. Le pont-levis

Et puis un matin, Modus lève la tête.

Il a passé du temps — des semaines, des mois, peut-être des années — à remettre de l'ordre dans son château. À écouter ses gardiens. À déblayer les couloirs encombrés. À ouvrir des fenêtres qu'on avait condamnées. Le travail n'est pas fini. Il ne sera jamais fini. Mais le château respire. Et Modus, assis sur son trône bancal, sent quelque chose qu'il n'avait plus senti depuis l'enfance.

De l'espace.

Pas l'espace vide de l'ennui. L'espace vivant de la disponibilité. De l'énergie qui n'est plus consommée par la guerre civile intérieure. Du regard qui n'est plus focalisé sur la survie.

Et quand Modus lève la tête, il voit les murailles de son château. Hautes. Épaisses. Édifiées couche par couche depuis l'enfance — par le Chien qui voulait protéger, par le Parti Conformé qui voulait isoler, par la peur qui ne faisait pas la différence entre les deux.

Les murailles sont encore là. Modus ne les abat pas. Un château sans murs n'est pas un château libre — c'est un château vulnérable. Les murs ont leur fonction. Mais il y a une différence entre un mur et une prison. Et cette différence tient à une seule chose.

Le pont-levis.

Modus descend dans la cour. Il trouve le mécanisme. Rouillé, grippé, couvert de lierre — personne ne l'a actionné depuis des années. Peut-être depuis toujours. Le Chien s'agite. Qu'est-ce que tu fais ? Si tu ouvres, n'importe quoi peut entrer. Et Modus, pour la première fois, ne fait pas taire le Chien. Il ne le combat pas. Il lui dit : Je sais. Tu seras là si quelque chose de dangereux entre. C'est ton travail. Mais je veux voir ce qu'il y a dehors.

Le pont-levis descend.

Et ce que Modus découvre de l'autre côté des douves, ce n'est pas le chaos que le Chien annonçait. Ce n'est pas non plus le paradis que le Singe espérait.

C'est d'autres châteaux.

Des dizaines. Des centaines. Certains éclairés, d'autres encore dans l'ombre. Certains avec leur pont-levis baissé, d'autres hermétiquement fermés. Certains dont on entend les gardiens se battre à travers les murs. D'autres d'où monte un silence étrange — pas la paix, pas encore, mais quelque chose qui y ressemble.

Modus réalise qu'il n'est pas seul.

Cette phrase est simple. Elle est aussi vertigineuse.

Parce que le Parti Conformé avait installé une certitude dans les murs du château : tu es seul, et si tu t'ouvres, tu seras dévoré. Cette certitude n'était pas un mensonge complet — elle était un mensonge de proportion. Oui, s'ouvrir comporte un risque. Non, le risque n'est pas la mort.

Modus commence à marcher vers les autres châteaux.

Pas tous. Pas n'importe lesquels. Le Chien reste actif — et c'est bien. Il signale ceux dont les murailles transpirent la domination, ceux dont les émissaires ressemblent à ceux du Parti Conformé, ceux qui veulent entrer dans le château de Modus non pour échanger mais pour occuper. Le Chien, remis à sa juste place, redevient ce qu'il a toujours dû être : non pas un tyran, mais un gardien de frontières.

Mais certains châteaux répondent.

Un pont-levis se baisse en face. Quelqu'un sort. Et dans cette rencontre — pas la fusion, pas la dépendance, pas la performance — quelque chose de nouveau circule. Quelque chose qui ne se mesure pas, qui ne se monnaie pas, qui ne se comptabilise pas. De l'écoute. De la reconnaissance. De la chaleur qui n'attend rien en retour.

Le mycélium.

Modus ne le voit pas — personne ne le voit. Le mycélium pousse sous la surface, dans le sol entre les châteaux, dans l'invisible entre les mots. Il ne demande pas de contrat. Il ne demande pas de résultat. Il demande juste ce que Modus a passé des années à retrouver : de la présence.

Un château souverain connecté à d'autres châteaux souverains.

Pas un empire. Pas une forteresse collective. Pas un réseau de dépendances maquillées en solidarité.

Un archipel.

Modus regarde autour de lui. Son château derrière, imparfait, vivant. D'autres châteaux au loin, chacun avec son histoire, ses cicatrices, ses gardiens. Et entre eux, sous eux, à travers eux — ces filaments invisibles qui transportent ce que le capitalisme n'a jamais su produire.

Non pas du profit. Du lien.

Le Singe goûte quelque chose qu'il avait oublié — la joie qui vient de donner, pas de recevoir. L'Éléphant stocke un nouveau souvenir — un souvenir où Modus n'est ni performant ni conforme, juste , et où ça suffit. Le Hibou monte à l'observatoire et, pour la première fois, ce qu'il voit ne lui fait pas peur. La Tortue, dans ses quartiers, relâche une tension qu'elle portait depuis si longtemps qu'elle l'avait prise pour une partie d'elle-même.

Et le Chien ?

Le Chien se couche en travers de la porte du château.

Pas pour bloquer l'entrée. Pour veiller. Calmement. Les oreilles dressées, le museau posé sur ses pattes, les yeux mi-clos. Prêt à bondir si nécessaire. Mais en paix.

En paix, enfin.

Modus ne sait pas si l'archipel tiendra. Il ne sait pas si les autres châteaux resteront ouverts. Il ne sait pas si le mycélium est assez fort pour résister aux prochaines tempêtes — et il y en aura.

Mais il sait une chose.

On ne peut pas tisser de liens avec les autres quand on est en guerre contre soi-même. On ne peut pas baisser le pont-levis quand les gardiens se battent pour le pouvoir. On ne peut pas nourrir le mycélium quand toute son énergie passe à maintenir un château en état de siège.

La politique intérieure précède la politique tout court.

Et la souveraineté — la vraie, celle qui ne se confond ni avec le contrôle ni avec l'isolement — c'est ce qui rend le reste possible.

 


Modus marche. Le sac est toujours là — plus léger maintenant, ouvert, aéré. Le chemin n'est tracé par personne. Les gardiens marchent avec lui. Et sous ses pieds, dans la terre noire, quelque chose pousse.

Quelque chose qui relie.

 


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politique intérieure, neurosciences, récit, Modus, gardiens, souveraineté, mycélium, Lordon, Lucbert

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