Le rôle fondamental du travail sur soi de l'adulte pour accompagner les enfants
Créé le 07/05/2025 08:32
Il y a des soirs où je me suis entendu hausser la voix sur mon fils pour une raison que j’avais oubliée avant même que la porte ne se referme. Pas un cri. Juste ce ton – sec, impatient – qui sort avant qu’on ait eu le temps de décider quoi que ce soit.
Ce n’est pas la fatigue qui parle dans ces moments-là. C’est quelque chose de plus ancien. Une mémoire du corps, un réflexe gravé bien avant que je sois père.
C’est là que j’ai compris que le travail sur soi n’est pas une option dans l’éducation. C’est le fondement.
Ce que nos corps ont appris avant nous
L’éducation de nos enfants repose sur un paradoxe que peu de livres de parentalité osent nommer franchement : nous éduquons depuis ce que nous sommes, bien plus que depuis ce que nous savons.
On peut avoir lu Filliozat, Gueguen, Gabor Maté. On peut connaître la théorie de l’attachement, comprendre le rôle du cortex préfrontal, savoir que les cris inhibent le développement cérébral de l’enfant. Et malgré tout ça, craquer un soir de fatigue.
Parce que la connaissance ne suffit pas. Ce qui guide notre réaction dans les moments de tension, c’est notre système nerveux – pas notre bibliothèque.
Et notre système nerveux a été formé dans notre propre enfance.
Les violences ordinaires : ce qu’on reproduit sans le vouloir
Les Violences Éducatives Ordinaires – fessées, humiliations, cris, mépris – ont longtemps été banalisées. La loi française les interdit depuis 2019. Depuis 2024, les enfants exposés à un climat violent dans leur foyer sont reconnus comme victimes, même s’ils ne sont pas directement visés.
Ces avancées législatives sont importantes. Mais elles ne changent pas ce qui se passe dans le corps d’un parent qui a lui-même grandi dans un environnement autoritaire. La loi peut interdire le geste. Elle ne désactive pas le réflexe.
C’est pour ça que la question n’est pas : “suis-je un bon ou un mauvais parent ?” La vraie question est : “qu’est-ce que mon histoire m’a appris à faire quand je suis débordé ?”
Développer son intelligence émotionnelle : une compétence, pas un don
L’intelligence émotionnelle – la capacité à reconnaître, comprendre et accueillir ses émotions, et celles des autres – n’est pas innée. Elle se développe. Et elle se développe mieux chez les adultes qui ont commencé à explorer leur propre paysage intérieur.
Concrètement, ça ressemble à quoi ?
À remarquer qu’on est en train de monter en pression avant d’exploser. À faire la différence entre “mon fils m’énerve” et “je suis épuisé et son comportement active quelque chose en moi”. À pouvoir nommer une émotion sans être submergé par elle.
Ce n’est pas de la psychologie de comptoir. C’est de la biologie. Le Hibou – notre cortex préfrontal – ne peut reprendre les commandes que si on lui en laisse l’espace. Et cet espace, on apprend à le créer. Pas en une séance de méditation. Sur des mois, des années, par un travail régulier sur soi.
Quel chemin prend ce travail ?
Il n’y a pas de voie unique. Lire, se former, échanger avec d’autres parents. Rejoindre un groupe de parole, un atelier de parentalité bienveillante. Entreprendre une thérapie pour explorer des blessures plus profondes.
La constellation familiale, l’EMDR, la thérapie somatique, le travail IFS – ces approches ne sont pas des gadgets New Age. Ce sont des outils qui permettent d’accéder à des mémoires corporelles que la seule réflexion intellectuelle n’atteint pas.
Ce qui compte, c’est la direction : se retourner vers soi avec curiosité, plutôt qu’avec jugement.
L’éducation est un acte collectif – mais il commence en soi
“Il faut tout un village pour élever un enfant.” Cette phrase circule beaucoup. Elle dit quelque chose de vrai : l’école, les associations, les institutions ont un rôle. L’EVARS – l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle – doit trouver sa place dès le plus jeune âge, même si elle suscite encore des débats.
Mais aucun village ne peut faire ce que seul l’adulte peut faire : regarder honnêtement ce qu’il transmet, et décider consciemment de ce qu’il veut transmettre à la place.
Ce travail-là demande du courage. Il n’est jamais totalement fini. Et c’est peut-être le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un enfant : lui montrer qu’un adulte peut continuer à grandir.
Article mis à jour en février 2026.
Partagez cette page sur vos réseaux sociaux
Commentaires
Il n'y a pas encore de commentaires.